L’édition 2010 va droit au cœur de l’intention du festival : rendre populaire la musique « savante », révéler que toute musique est populaire.
Sur les traces de Béla Bartók, compositeur hongrois (1881-1945), pour qui l’intégration de la musique populaire à la musique écrite n’est pas anecdotique mais s’inscrit dans une démarche intrinsèque, scientifique, fusionnelle, nous interrogerons le sens du mot « populaire », pour en décliner tous les possibles. Nous serons accompagnés dans cette démarche par Alexandros Markeas, compositeur grec (né en 1965), qui sera en résidence tout au long de l’aventure. Entretenant, lui aussi, une relation forte aux musiques traditionnelles de son pays, il nous proposera un parcours multimédia, mêlant improvisation, critique sociale et sujets d’actualité avec, par exemple, la présentation d’œuvres telles « Zapping » ou « Karaoké ».
La musique de Béla Bartók, le compositeur à l’honneur cette année, nous entraîne également vers des rythmes primitifs, invitation à croiser le rythme afro, le Sacre du printemps de Stravinski ou encore la musique répétitive américaine. Après une semaine de rencontres avec les instruments populaires tels les percussions, la clarinette, l’accordéon, la soirée de clôture synthétisera ces mondes sonores au travers du « Tango Négro ». Ce tango, né dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, s’enrichit de rencontres entre guitare, rythme africain, blues, ragtime, jazz… Avec les débarquements successifs d’« étrangers » arrivent un bandonéon d’Allemagne, une clarinette klezmer, un violon d’Europe centrale… Plus tard, c’est la bourgeoisie française qui donnera au tango ses lettres de noblesse, bien avant la bourgeoisie argentine.
Cette musique « bâtarde », transformée par les luttes sociales, sera magnifiée par Gustavo Beytelmann et Juan Carlos Cáceres, grands musiciens argentins expatriés eux aussi, porteurs et acteurs de son histoire. Les danseurs Jean-Paul Padovani et Claudia Miazzo nous proposerons une interprétation chorégraphiée d’exception du tango, auquel chacun pourra s’initier pendant le festival au cours d’un atelier ouvert à tous.
Ainsi, chaque soirée aura son identité propre, forte, marquée par la prestation d’artistes mondialement connus comme Ivry Gitlis pour un récital exceptionnel, Donatienne Michel-Dansac pour un cabaret hors-norme, Jeanne Balibar pour un Carnaval des animaux inédit, Emmanuel Séjourné et Marc Mellits pour Steve Reich…
Formant un réel parcours original, cette nouvelle édition du festival, faite de créations et de rencontres inédites, nous promet chaque jour de nouvelles surprises « Inouïes » !
Fabrice Bihan