Formée aux sources de l’école roumaine de piano comme Dinu Lipatti, Clara Haskil et Radu Lupu, Dana Ciocarlie a également étudié à Paris auprès de Victoria Melki à l’Ecole Normale de Musique et a suivi le cycle de perfectionnement du Conservatoire National Supérieur de Musique dans les classes de Dominique Merlet et Georges Pludermacher. Sa rencontre avec le pianiste allemand Christian Zacharias sera déterminante en particulier pour approfondir l’œuvre pour piano de Franz Schubert, auquel elle a consacré un cycle de neuf concerts au Théâtre Molière-Maison de la Poésie à Paris en 1997.
Douée d’un tempérament vif-argent où la générosité le dispute à l’engagement, Dana Ciocarlie possède un vaste répertoire, s’étendant de Jean-Sébastien Bach aux compositeurs d’aujourd’hui. Certains d’entre eux lui ont dédié des œuvres tels Karol Beffa, Frédéric Verrières, Nicolas Bacri, Stéphane Delplace, et elle est reconnue comme l’une des interprètes majeures de Horatiu Radulescu. (...)
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Un article de Télérama
Samedi 17 Janvier 2009
Portrait ;Musiques La pianiste Dana Ciocarlie
La discrète
Elle puise son énergie dans la tradition roumaine. Son élégance, dans l’école française. Simple et généreuse Dana Ciocarlie…
Avec son visage tout rond, le pétillement amusé de son regard et son sourire ravageur, Dana Ciocarlie a tout l’air d’une musicienne heureuse. Aux antipodes de ces pianistes écorchées vives, embarquées dans on ne sait quel douloureux voyage intérieur, portant leur mal de vivre en bandoulière. Profondément simple et généreuse, Ciocarlie fait rarement parler d’elle : les déjantés sublimes et les professionnels de l’excès attirent davantage le monde médiatique.
Passer à côté de Dana Ciocarlie tient pourtant de la faute grave. Contre la musique et contre l’esprit. Il ne faut pas confondre effacement avec inconsistance, discrétion avec manque de talent. Au contraire, notre pianiste possède même un sacré caractère. Formée aux sources de l’école roumaine – une référence, qu’on songe aux légendaires Dinu Lipatti ou Clara Haskil, voire, plus près de nous, à l’ombrageux Radu Lupu –, elle s’est également frottée à l’école française de piano, à l’Ecole normale de musique, dans les classes de Victoria Melki, de Dominique Merlet et de Georges Pludermacher. Cette double nationalité musicale et ce bilinguisme culturel lui ont été largement profitables : énergie et tempérament d’un côté (n’a-t-on pas été, un jour, jusqu’à affirmer que Clara Haskil jouait comme un homme ?!), élégance et clarté de l’autre, comme une indispensable complémentarité. Forte de ce bagage, Dana Ciocarlie possède un vaste répertoire, qui s’étend de Jean-Sébastien Bach aux compositeurs d’aujourd’hui, dont certains, comme Karol Beffa (né en 1973) ou Nicolas Bacri (né en 1961), lui ont dédié une œuvre.
Cet ancrage bien tranquille dans presque cinq siècles de musique s’effectue avec des bonheurs divers. Pour aborder Jean-Sébastien Bach, par exemple, Ciocarlie ne se pose pas trop de questions, en envoyant promener, comme on le faisait autrefois dans les pays de l’Est, toute préoccupation musicologique. Elle compense simplement les quelques inévitables solécismes de phrasé, d’articulation ou d’ornement par une métrique rigoureuse et un souci de musicalité parfaite qui éclaire les flamboyantes géométries sonores du Cantor. La précision du rythme, la générosité du son, le travail de la couleur sont d’ailleurs une constante chez elle. On les retrouve toujours soigneusement distillés chez les compositeurs les plus tourmentés dont elle aime les failles secrètes et les flambées inquiètes : Franz Schubert, qu’elle a si souvent travaillé et approfondi avec le pianiste Christian Zacharias et dont elle a donné un mémorable cycle il y a une dizaine d’années à Paris, au Théâtre Molière-Maison de la poésie ; ou encore son dieu, Robert Schumann. « C’est mon compositeur fétiche, celui qui a marqué chaque étape importante de mon existence : exil, rencontres, deuil », dit-elle, tout en restant évasive sur les péripéties d’une vie qu’on devine plus complexe et chaotique qu’il n’y paraît. Car on n’investit pas par hasard les partitions de Schumann, le compositeur aux deux visages, noyant son mal de vivre derrière une poésie douce-amère et des chants totalement désespérés…
Reste surtout pour Dana Ciocarlie l’appel obsédant de la terre natale et du paradis disparu. Dans l’un de ses enregistrements, intitulé Langue maternelle (1), elle retrouve ses compagnons de toujours, Béla Bartók (1881-1945), György Ligeti (1923-2006) et György Kurtág (né en 1926). « On doit les écouter comme on lit un roman, prévient-elle. Car leur musique parle de la naissance, de la mort, de l’infiniment grand, de l’infiniment petit. » Les musiciens heureux vont toujours droit à l’essentiel . Xavier Lacavalerie
(1) L’empreinte digitale, no ED13211.
A écouterCarte blanche à Dana Ciocarlie, le 22 janvier, salle Gaveau, Paris 8e. Avec la violoniste Irina Muresanu, le 2 février, salle Cortot, Paris 17e.
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